Les Chaises de la République

img_4323Alors qu’on approche des trois mois (!!) du mouvement de contestation, quasiment aucun résultat ne s’est fait ressentir. C’est effarant de voir que jamais un mouvement de grève n’avait duré aussi longtemps depuis mai 68 (puisque certains aiment cette comparaison absolument mal venue), et pourtant on joue les sourds et les méprisants en haut de l’échelle (bien que la durée d’un mouvement ne soit pas forcément un gage de légitimité). Pas étonnant que tout ça ait mené à des extrêmes et des violences telles qu’on les a connues! Une gradation logique, mais qu’on aurait évidemment aimé ne pas voir.

Même si, à ce sujet, l’avenir est incertain et extrêmement pessimiste, il y a toujours des réponses originales et efficaces qui peuvent être trouvées! Parce que ce qui manque surtout, c’est qu’on parle du mouvement; qu’il soit visible aux yeux des gens hors-fac, même s’il n’est pas très fédérateur pour toute personne non concrètement concernée.

La preuve aujourd’hui que c’est possible, avec un cours-action de littérature américaine absolument génial, à l’initiative de M. Lebold – la dénommée « Opération: Les Chaises de la République« . Le principe? Une petite traversée de Strasbourg avec des chaises empruntées à la fac (les quelques-unes qui n’ont pas encore été utilisées pour servir dans le blocage haha), puis un cours sous un beau soleil, aux yeux de tous, au pied de la statue de la place Kléber. Petit miracle: malgré trois visites (à pied, à vélo et en camionnette), la police n’a même pas essayé de disperser notre « attroupement ». Et mooooon Dieu que j’aime le soleil !!

Des photos dans les Galeries !

Ordre et désordre

sp_a0311Bon ben je retire ce que j’ai dit dans mon dernier post-it hein, pas de positive-attitude! Lorie avait tort. Au niveau de la fac, rien ne s’améliore, au contraire, avec le revote (que je ne comprends toujours pas) du blocage qui se durcifie pour devenir total, appliqué à tous les bâtiments. On a pu en faire l’expérience ce matin (opération commando – mission secrète pour tenter de faire cours). 

Une grande manif cet aprem, pendant laquelle on a tous pu admirer les multiples accords et désaccords dont joue la météo. Une manif que je pressentais suivie à un moment pourquoi pas décisif, et c’est vrai qu’on était entre 2000 et 3500 selon les chiffres. Strasbourg s’est distingué en France par les « incidents entre étudiants et forces de l’ordre » (c.f. dépêche AFP), quand ces couillons nous ont bloqué l’accès (encore un blocage, oui) avant notre arrivée à la place de la gare, à coups de matraques et de gaz lacrymo! Scène digne d’une attaque nucléaire, plus de 1000 personnes dans une ruelle qui se mettent à courir dans tous les sens, pleurs, vomis, et cafés pris d’assaut pour en faire des refuges, le monde se jetant à l’intérieur, comme des mouches à l’agonie. Et c’est là que j’ai pu prouver l’utilité de porter des lunettes de soleil, même sans soleil (si si!). S’en est suivi un face-à-face festif d’une heure juste devant la verrière.

D’un côté, un blocage synonyme d’une cause des plus importantes mais extrêmement mal défendue. Et de l’autre, un différent type de blocage, symbole de l’étouffement des seuls moyens efficaces qu’il nous reste.

Et au menu du gouvernement, un sempiternel autisme.

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Post-it

Allez, juste pour le plaisir, parce que j’aime cette photo tellement expressive (regardez bien les traits de visage en parallèle aux mots inscrits), et que je sens que ça sera bientôt plus vraiment d’actualité, dans la forme en tout cas. Et c’est tant mieux!

FRANCE-UNIVERSITY-STRASBOURG-EDUCATION-DEMO(Source: AFP – Strasbourg, 5 février 2009, cérémonie d’inauguration de l’UdS)

Frost/Nixon

18996320_w434_h_q80Dernier des 5 nommés à l’Oscar du Meilleur Film que je devais voir, Frost/Nixon est aussi le film politico-intelligent du lot, le Good Night And Good Luck ou Michael Clayton qui se glisse toujours dans la sélection. Un film dont la nomination et l’espoir de nomination n’ont jamais été remis en cause, même si l’on ne l’explique pas forcément: un film excellent, 2h étonnamment intéressantes, même si l’ensemble ne peut réellement rivaliser pour l’emporter le 22 février prochain.

Je ne doutais pas du fait que j’allais trouver une oeuvre de qualité en voyant Frost/Nixon, mais c’est vrai que je me suis lancé là-dedans avec un peu de scepticisme, deux bonnes heures allant être consacrées à l’histoire d’une interview. Evidemment, ma peur a été totalement éradiquée! Je me suis surpris moi-même en ne décrochant mon nez pas une seule fois devant ce film, deux heures extrêmement intéressantes à nous montrer l’envers du décor et les méandres d’une interview 19012244_w434_h_q80d’un président déchu et qui a déçu. J’aime ces films qui nous en apprennent autant sur quelque chose que l’on connaît tous (en l’occurrence, le scandale du Watergate), mais en ne se concentrant justement pas sur ce qu’on connaît, mais ce qu’il y a autour… Franchement, qui parmi vous, lecteurs, connaissait l’existence de cette interview post-impeachment de Nixon par David Frost (qui était alors considéré comme un petit rigolo, animateur de talk-shows en Australie et en Grande-Bretagne), ou en tout cas lui donnait une quelconque importance? Parce que mon dieu qu’elle a eu de l’importance! Un combat de lutteurs, David (haha, le prénom est de mise) contre Goliath, mais un Goliath déjà perdu dans l’esprit des gens; l’interview-choc aux je-ne-sais-pas-combien-de-millions-de-téléspectateurs à la fin de laquelle Richard Nixon finira enfin par reconnaître sa faute et s’auto-flageller. On ne s’en rend peut-être pas compte en tant qu’européens, mais le scandale du Watergate a secoué toute une nation, c’était bien plus qu’un simple scandale politique et un conflit d’intérêt. C’est peut-être ce poids-là que le film aurait un peu plus dû faire ressentir. Mais, contrairement à ce que l’on peut penser, ces deux heures sont finalement bien courtes pour développer tout ce qui a 18886377_w434_h_q80entouré cette interview! D’où, peut-être, les quelques réserves que l’on pourrait avoir, reproches d’un manque de développement encore plus profond. Mais passons.

On dirait que Frost/Nixon a été construit à partir d’une recette toute simple, il n’y a rien d’extraordinaire, ni dans la narration, ni dans la forme, mais tout fonctionne à merveille, rien à redire. Le scénario de Peter Morgan est très efficace, comme je l’ai dit, un développement très intéressant et qui ne vous laisse pas flotter dans l’air. Le travail de Ron Howard est lui aussi remarquable, très très simple; ça se ressent tout à fait en voyant le film: le réalisateur disparaît totalement derrière une caméra qu’il laisse tourner et bouger d’elle-même, on dirait. Et on n’en demandait pas plus. Vraiment, j’ai beaucoup aimé ce style-là, et tant mieux pour sa nomination à l’Oscar!

Dans ce pendant plus « sérieux » à Milk (même si je pourrais aussi faire un développement sur le fait qu’il y a plein de ressorts comiques tout aussi maîtrisés!), l’ensemble des acteurs est également un des 19012241_w434_h_q80points forts du film. Ici, les deux personnages principaux, interprétés par Frank Langella et Michael Sheen, permettent, chacun à leur façon, de mettre en place ce duel de personnalités qui est au coeur du film. Je suis un peu étonné du fait que Michael Sheen (vu précédemment en Tony Blair dans The Queen) soit passé complètement à la trappe cette saison, au profit de Frank Langella. Pas une fois on a souligné la qualité de son travail, jamais on ne l’a pressenti pour un prix, alors qu’il est placé au même niveau que Richard Nixon dans le film! Cela dit, c’est évident que Frank Langella le surpasse en performance, c’est lui le grand monsieur qui crève l’écran, et c’est lui qui, dès le début, s’est placé dans le peloton de tête pour l’Oscar du Meilleur Acteur.19012246_w434_h_q80 C’est juste incroyable à quel point ce rôle lui colle à la peau, époustouflant. Peut-être est-ce dû au fait qu’il l’a joué tellement de fois? Parce que oui, il faut savoir que Frost/Nixon est l’adaptation cinématographique d’une pièce de théâtre (c’est assez rare pour le souligner) écrit par le même scénariste et joué par les mêmes acteurs! Challenge totalement réussi, et chapeau bas à monsieur Langella. Surtout, faites attention: il a beau n’avoir quasiment rien gagné de la saison (bien qu’il était nominé à chaque fois), les bruits de couloirs parlent d’une possible surprise qui verraient le vétéran Frank Langella l’emporter aux Oscars… à suivre.

Vraiment un très très chouette film qui fait plaisir à regarder, et qui vous en apprend aussi beaucoup. C’est sympa de comparer, après avoir vu le film, avec les vraies images d’archives de l’interview, t’as l’impression de posséder un savoir nouveau. Frost/Nixon, une façon de repenser le personnage de Richard Nixon.

Oh, History !

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The Visitor

Et voilà encore un de ces petits films indépendants traitant de situations concrètes et d’histoires pas vraiment hors du commun, ces petits films simples et efficaces qui nous rappellent pourquoi on aime le cinéma.

The Visitor traite principalement de l’immigration clandestine aux Etats-Unis, à travers une trame narrative réaliste et tirée de l’ordinaire, vous l’aurez compris. Ce qui rend ce film efficace, c’est que ce sujet pris et repris est ici abordé avec une immense humilité et une politesse qui traduit, finalement, le comportement de chacun face à ce phénomène-là: un mélange d’ignorance et de je-ne-sais-pas-comment-réagir. Ça se retrouve d’ailleurs très bien dans le jeu gracieux de Richard Jenkins, toujours dans la retenue, mais une retenue respectueuse, limitée selon la situation. Jenkins, immense acteur de second-rôle (et même de série TV: Six Feet Under), obtient, à plus de 60 ans, son premier grand rôle; un rôle qui fait déjà le buzz pour les Oscars, peut-être le Julie Christie 2009 ?! En tout cas il est parfait pour The Visitor.

Mais ce qui est original, c’est que le traitement de ce sujet reste toujours de ce côté-là de la barrière, on ne bascule jamais dans le pamphlet politique pour dénoncer la situation de merde du système d’immigration aux Etats-Unis; nan, cette révolte c’est au spectateur de la faire en faisant face à ce qu’il voit, le coût profondément humain de cette histoire. C’est peut-être une critique qui pourrait être faite au réalisateur Thomas McCarthy, de rester trop dans une sorte de naïveté qui évite le côté vraiment politique de la chose; mais je prends ça plutôt pour un parti-pris, un choix délibéré que je trouve judicieux. De plus, on ne plonge jamais dans le déjà-vu; même si on peut se douter du déroulement général de la trame, on reste toujours accroché par une originalité qui se situe quelque part d’autre. Ça rend la chose beaucoup plus réaliste, cette plongée dans le sujet par les faits: rien n’est clichéisé, tous les immigrés clandestins ne vivent pas tous dans le Queens avec un carton comme maison, et tous les vieux ne prennent pas peur à la vue d’un noir, par exemple. Nan, tout ça est traité d’une façon très juste, et The Visitor ne perd jamais la route dans le développement des personnages ou dans une construction sentimentale. 

J’adore aussi le choix du titre, tellement évocateur!  The Visitor, à la fois l’immigré, mais aussi le personnage de Jenkins, qui s’immisce dans cet « autre monde » qui se trouve dans le sien, et qui permet d’échapper à son mal-être dans cette situation que d’autres lui envient. Mais le « visiteur » c’est aussi la condition même du spectateur face à un film… The Visitor, c’est une histoire typique dans un New York d’après 11 septembre qui parle d’immigration, mais aussi de relations humaines, de melting pot, et du pouvoir de l’expression musicale. Un grand petit film, tu sais, qui te mets dans un état tout sérieux, si bien qu’après tu relativises plein de choses autour de toi… jusqu’à ce que t’aies oublié que t’as relativisé. Et que tu regardes un autre film. J’aime le cinéma.

UN MUST-SEE.

Burn After Reading

Ce qu’il faut toujours se rappeler avant de voir un film signé par les frères Coen, c’est que ces deux génie, comme tous génies, sont capables du pire (Ladykillers) comme du meilleur (No Country For Old Men), en utilisant pourtant toujours les mêmes ingrédients. Pour leur premier film après un triomphe mérité et longtemps attendu aux Oscars au début de l’année, les frères Coen nous ont concocté une fois de plus un thriller comique infesté de grosses stars, un film qui divise les critiques et qui m’a totalement conquis!

La recette des frères Coen, c’est toujours la même. Une histoire singulière et inattendue; de vrais personnages originaux, souvent un peu limités niveau intelligence ou ridicules, et qui aiment bien parler; de grands acteurs; un sens de l’humour qui passe par la remise en cause des conventions morales, et qui est donc souvent un humour noir; un génie de la mise en scène qui crache de l’originalité du début à la fin. Et c’est selon le dosage de ces ingrédients qu’on peut en arriver aux deux extrêmes cités plus haut: une vraie comédie ratée (Ladykillers, mais on pourrait aussi citer Intolerable Cruelty), ou un thriller aux airs de westerns mélangé à de l’humour sadique (No Country For Old Men). Ici c’est pareil, et à nouveau les Coen ont accentué le côté comique qui prend donc le dessus sur le drame noir.

Raaaaah mais super subtil! C’est pas un bonne grosse comédie avec les bons gags etc comme sait si bien le faire cette partie du cinéma français que je déteste. Là, dans un registre et un cadre bien sérieux (la C.I.A. en particulier), on nous lance de belles piques qui renversent la vapeur. C’est plus sur le comique de situation et le comique de caractère que ça se joue, chaque personnage est tellement singularisé! Et cet enchaînement d’éléments finalement inutiles, de situation différentes; les storylines de chacun se mélangent doucement, à la manière d’un film choral, et finissent par se détruire les unes les unes sur une base de quiproquos! Génialement bien construit. C’est très proche du burlesque, finalement.

Et évidemment, ce qui attire le spectateur, c’est cette affiche. Bon, d’abord, littéralement: l’affiche est superbe. Mais l’affiche, le cast l’est tout autant: John Malkovitch, Frances McDormand, Brad Pitt,George Clooney, Tilda Swinton, Richard Jenkins… Wow! Et quel bonheur de retrouver des acteurs comme Malkovitch ou Frances McDormand, ça faisait un moment! Même s’ils jouent le même genre de personnage auquel ils nous avaient habitués: John Malkovitch en frustré compulsif qui adore gueuler au téléphone, Tilda Swinton en femme-glaçon, George Clooney en séducteur friqué, Frances McDormand en naïve d’un autre monde. Finalement y’a que Brad Pitt qui est à contre-courrant: l’un des deux personnages faits pour être drôles, un genre de gamin innocent et complètement décalé; Brad Pitt est un peu trop dans l’excès, mais ça reste sympa.

La scène finale, magistrale, résume bien le film à mes yeux: « I guess we learned not to do it again. If only we knew what we did… » ahahaha! En gros, ce film est un appel à ne pas trop se prendre au sérieux, sinon on court à la paranoïa, surtout quand il s’agit de politique. C’est ce qui est illustré par ce ridicule du secret: un empilement de n’importe quoi… pour du n’importe quoi. Beaucoup de critiques n’ont pas été convaincues par Burn After Reading justement parce que c’est basé sur rien. Moi je dis encore une fois bien joué, les frères Coen!

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