Dernier des 5 nommés à l’Oscar du Meilleur Film que je devais voir, Frost/Nixon est aussi le film politico-intelligent du lot, le Good Night And Good Luck ou Michael Clayton qui se glisse toujours dans la sélection. Un film dont la nomination et l’espoir de nomination n’ont jamais été remis en cause, même si l’on ne l’explique pas forcément: un film excellent, 2h étonnamment intéressantes, même si l’ensemble ne peut réellement rivaliser pour l’emporter le 22 février prochain.
Je ne doutais pas du fait que j’allais trouver une oeuvre de qualité en voyant Frost/Nixon, mais c’est vrai que je me suis lancé là-dedans avec un peu de scepticisme, deux bonnes heures allant être consacrées à l’histoire d’une interview. Evidemment, ma peur a été totalement éradiquée! Je me suis surpris moi-même en ne décrochant mon nez pas une seule fois devant ce film, deux heures extrêmement intéressantes à nous montrer l’envers du décor et les méandres d’une interview
d’un président déchu et qui a déçu. J’aime ces films qui nous en apprennent autant sur quelque chose que l’on connaît tous (en l’occurrence, le scandale du Watergate), mais en ne se concentrant justement pas sur ce qu’on connaît, mais ce qu’il y a autour… Franchement, qui parmi vous, lecteurs, connaissait l’existence de cette interview post-impeachment de Nixon par David Frost (qui était alors considéré comme un petit rigolo, animateur de talk-shows en Australie et en Grande-Bretagne), ou en tout cas lui donnait une quelconque importance? Parce que mon dieu qu’elle a eu de l’importance! Un combat de lutteurs, David (haha, le prénom est de mise) contre Goliath, mais un Goliath déjà perdu dans l’esprit des gens; l’interview-choc aux je-ne-sais-pas-combien-de-millions-de-téléspectateurs à la fin de laquelle Richard Nixon finira enfin par reconnaître sa faute et s’auto-flageller. On ne s’en rend peut-être pas compte en tant qu’européens, mais le scandale du Watergate a secoué toute une nation, c’était bien plus qu’un simple scandale politique et un conflit d’intérêt. C’est peut-être ce poids-là que le film aurait un peu plus dû faire ressentir. Mais, contrairement à ce que l’on peut penser, ces deux heures sont finalement bien courtes pour développer tout ce qui a
entouré cette interview! D’où, peut-être, les quelques réserves que l’on pourrait avoir, reproches d’un manque de développement encore plus profond. Mais passons.
On dirait que Frost/Nixon a été construit à partir d’une recette toute simple, il n’y a rien d’extraordinaire, ni dans la narration, ni dans la forme, mais tout fonctionne à merveille, rien à redire. Le scénario de Peter Morgan est très efficace, comme je l’ai dit, un développement très intéressant et qui ne vous laisse pas flotter dans l’air. Le travail de Ron Howard est lui aussi remarquable, très très simple; ça se ressent tout à fait en voyant le film: le réalisateur disparaît totalement derrière une caméra qu’il laisse tourner et bouger d’elle-même, on dirait. Et on n’en demandait pas plus. Vraiment, j’ai beaucoup aimé ce style-là, et tant mieux pour sa nomination à l’Oscar!
Dans ce pendant plus « sérieux » à Milk (même si je pourrais aussi faire un développement sur le fait qu’il y a plein de ressorts comiques tout aussi maîtrisés!), l’ensemble des acteurs est également un des
points forts du film. Ici, les deux personnages principaux, interprétés par Frank Langella et Michael Sheen, permettent, chacun à leur façon, de mettre en place ce duel de personnalités qui est au coeur du film. Je suis un peu étonné du fait que Michael Sheen (vu précédemment en Tony Blair dans The Queen) soit passé complètement à la trappe cette saison, au profit de Frank Langella. Pas une fois on a souligné la qualité de son travail, jamais on ne l’a pressenti pour un prix, alors qu’il est placé au même niveau que Richard Nixon dans le film! Cela dit, c’est évident que Frank Langella le surpasse en performance, c’est lui le grand monsieur qui crève l’écran, et c’est lui qui, dès le début, s’est placé dans le peloton de tête pour l’Oscar du Meilleur Acteur.
C’est juste incroyable à quel point ce rôle lui colle à la peau, époustouflant. Peut-être est-ce dû au fait qu’il l’a joué tellement de fois? Parce que oui, il faut savoir que Frost/Nixon est l’adaptation cinématographique d’une pièce de théâtre (c’est assez rare pour le souligner) écrit par le même scénariste et joué par les mêmes acteurs! Challenge totalement réussi, et chapeau bas à monsieur Langella. Surtout, faites attention: il a beau n’avoir quasiment rien gagné de la saison (bien qu’il était nominé à chaque fois), les bruits de couloirs parlent d’une possible surprise qui verraient le vétéran Frank Langella l’emporter aux Oscars… à suivre.
Vraiment un très très chouette film qui fait plaisir à regarder, et qui vous en apprend aussi beaucoup. C’est sympa de comparer, après avoir vu le film, avec les vraies images d’archives de l’interview, t’as l’impression de posséder un savoir nouveau. Frost/Nixon, une façon de repenser le personnage de Richard Nixon.