Alors que la saison cinématographique arrive à sa fin « officielle » et que les préparatifs sont déjà bien avancés sur Hollywood Blvd pour la cérémonie des Oscars de ce dimanche 27, il est temps de faire un point. Et, promis, dans quelques jours commencera la période durant laquelle je vous lâcherai les baskets (expression 90′s) avec les Oscars.
Cette année, en tant que membre de Film Independent, j’ai eu la chance d’être un membre-votant pour les Oscars du cinéma indépendant: les Spirit Awards. Pour la première fois, mon regard sur un film possédait une voix (je choisis bien mes mots, hein?) légitime! C’est d’autant plus jouissant que les Spirit Awards grandissent d’année en année, jusqu’à en devenir aujourd’hui
l’une des cérémonies majeures sur la route des Academy Awards – et ils en sont, par ailleurs, un reflet de plus en plus net dans leurs nominations. C’est un élément très positif, aussi parce que ça veut dire que les Oscars se rapprochent plus d’un cinéma qui privilégie la qualité au budget, même s’il serait exagéré de faire une règle générale de la corrélation film indépendant = qualité. J’ai donc eu mon lot de séances de projection privées, et de copies officielles/protégées de films dans ma boîte aux lettres… et j’ai fait mon choix du mieux que j’ai pu.
J’ai déjà eu l’occasion de le dire ici, cette saison aura été plutot décevante, du moins c’est ce qui se ressent dans l’air. De bons films évidents, mais un manque d’enthousiasme et d’excitation qui peine à marquer quoi que ce soit de durable cette année dans les esprits. La course semble être jouée depuis des semaines, et beaucoup l’ont même déclarée terminée depuis un moment. Sauf surprise majeure (comme toujours aux Oscars – mais vraiment, cette année il y a peu de chances que ça n’arrive), Colin Firth, Natalie Portman, Christian Bale, et Melissa Leo rentreront chez eux avec une belle statuette dorée, tout comme Aaron Sorkin et David Seidler, pour leurs scénarios respectifs. Et tous le méritent grandement (oui, parce que le manque d’enthousiasme n’enlève absolument rien au mérite).
Ce constat-là, c’était jusqu’à récemment. Mais dans sa phase finale, la course aux Oscars à connu une légère mais sérieuse surprise, à savoir que le cheval noir The King’s Speech a volé la vedette à l’éternelle tête de course, The Social Network, et s’envole droit vers l’Oscar du Meilleur Film, après avoir raflé tout ce qui est possible sur son passage, au nez de son rival. Vraiment surprenant! Surtout quand on voit que The Social Network était le grand favori des critiques dès sa sortie, et que rien ne semblait l’arrêter (c.f. les impressionnants 51 prix tout au long de ces 5 derniers mois) – au point où on en faisait (et on en fait toujours… ) un film pour la postérité.
Et puis est venu The King’s Speech, littéralement de nulle part, vraiment. Un buzz énorme à partir de janvier, et c’est de là que tout est parti. Le nuage de The Social Network se fait tout petit, et The King’s Speech, avant de rafler 13 nominations aux Oscars, remporte successivement le prix des syndicats des acteurs (SAG), des producteurs (PGA), et, encore plus surprenant, des réalisateurs (DGA). Les réalisateurs, justement, c’est là où la course va encore se jouer: alors que The King’s Speech est réellement le grand favori pour l’Oscar suprême, rien n’est fait pour celui du Meilleur Réalisateur, et il se peut bien que l’Académie finisse par récompenser David Fincher pour The Social Network, face à Tom Hooper, qui « se contentera » de la statuette du Meilleur Film. Et à ce sujet, les pronostics changeront jusqu’à l’heure de la cérémonie!
C’est surprenant et ENFIN intéressant, ce revirement de situation à la dernière minute, personne ne comprend bien pourquoi. Surtout que si on réfléchit, même si The King’s Speech est un film extraordinaire, s’il y a bien un film à choisir pour rester dans les mémoires dans 10 ans, c’est The Social Network – et tout le monde s’accorde là-dessus. Bizarre… et pourtant c’est toujours pareil (c.f. l’incroyable buzz de dernière minute de Sandra Bullock face à Meryl Streep l’an dernier). Ce sont des phénomènes compliqués et difficilement explicables – mais toujours succulents à analyser! Et c’est ça que j’aime dans cette course…
A surveiller aussi: la catégorie des actrices. La statuette a beau sembler promise depuis toujours à Natalie Portman (c’est bien normal), on n’est vraiment pas à l’abri d’une victoire d’Annette Bening au dernier moment, qui, grâce à The Kids Are All Right, s’est retrouvée au coude-à-coude avec Portman tout au long de la saison (et c’est bien normal aussi). J’hésite encore à miser sur une surprise comme ça.
Enfin, et je finirai là-dessus, il y a quelque chose de très particulier et bien motivant lié à cette saison. Si l’on regarde bien, les principaux films de cette saison – The Social Network, 127 Hours, The King’s Speech, pour ne citer qu’eux – ne sont, à premiere vue, pas super attirants…
Un film sur Facebook, un autre qui montre un gars immobile, coincé dans un canyon pendant 127 heures, un autre qui raconte l’histoire d’un monarque qui bégayait… et pourtant ce sont les meilleurs films de l’année. Haha! Chapeau – c’est une réussite de ce genre-là qui me rend admiratif d’un film.
Au final, il y a quand même des éléments qui permettent de rendre l’analyse de cette saison excitante! Je vous ferai partager mes prédictions finales d’ici ce weekend, même si vous n’en n’avez pas grand chose à battre… et hop, prends ça dans ta face.