
J’aurais pu écrire cet article toutes les semaines depuis 4 mois, mais mon cerveau a décidé que ce n’est qu’à la dernière minute que ça se fera. Cette saison de cinéma a été extrêmement passionnante à suivre, toujours aussi surprenante et changeant de cap du jour au lendemain… Je suis toujours aussi adepte des « buzz » et autres bruits de couloirs, je m’intéresse à tout ce qui se dit, et cette année j’ai été encore plus heureux de pouvoir réellement faire mon propre jugement car, comme d’habitude, j’ai pu voir tous les films en compétition, mais pour une fois, je les ai vu sur place, vraiment en temps réel, et la plupart au cinéma! Alors voici quelques remarques générales, personnelles ou non, concernant cette année de cinéma… ^^
Si vous suivez la compétition (= les sorties de films, les festivals, les cérémonies et les critiques) dès ses débuts, c’est-à-dire au tout début de l’automne, c’est comme monter un taureau mécanique. Ce fameux « buzz » a fait des siennes encore une fois cette année, au profit des uns et au dépit des autres, et les exemples ne manquent pas…
Au niveau des films, on a pu assister à deux grands flops monumentaux, comme il en faut chaque année. En septembre, si vous regardiez les prédictions quant à la suite de la compétition, vous pouviez observer la domination de deux films très prometteurs: The Lovely Bones – le tant attendu nouveau projet Peter Jackson – et Nine – la nouvelle comédie musicale de Rob Marshall avec un casting de rêve. Et comme toujours, des géants doivent tomber, comme ce fut le cas pour ces deux films, qui se sont consécutivement vautrés à leur sortie, une fois que les critiques ont découvert leur véritable valeur, c’est-à-dire de la poussière.
On est ensuite entrés dans une autre période, assez longue, celle de la domination d’Up In The Air, une comédie dramatique à première vue très « grand public » mais qui avait toutes les critiques dans la poche. Littéralement! J’avoue avoir été surpris parce que je ne voyais pas l’exceptionnel de ce film, aussi bon qu’il soit… Mais le film lui-même, George Clooney et Jason Reitman paraissaient être les grands favoris tout au long d’une bonne partie de l’hiver, avec en embuscade, toujours, le Precious de Lee Daniels, assez fragile cependant. Mais comme souvent, un « early buzz » est synonyme de « early fall », et ça n’a pas tenu…
Et c’est la que la compétition a vraiment commencé, avec le duel qui persiste plus ou moins encore aujourd’hui: Avatar contre The Hurt Locker. Là encore il fallait suivre la progression des cérémonies et des critiques pour voir que The Hurt Locker devenait de plus en plus le candidat ultra-sérieux, à la même période où Avatar explosait le box-office et séduisait public et critiques (à mon grand désespoir). Aujourd’hui, nous sommes tout de même en mesure de dire que The Hurt Locker a une grande longueur d’avance, ayant gagné la majorité des prix « précurseurs » (= avant les Oscars), tandis qu’on reconnait le fait qu’Avatar ne mérite peut-être pas une statuette de Meilleur Film de l’Année. Et c’est tant mieux… The Hurt Locker devrait donc aisément l’emporter dans quelques heures, même si j’avoue être de plus en plus inquiet ces derniers jours suite à la polémique (que je ne vais pas détailler ici) survenue il y a moins de deux semaines, impliquant un producteur mauvais joueur (et français) de The Hurt Locker et qui joue sensiblement en la faveur d’Avatar… Croisons encore les doigts.
Une autre catégorie, celle qui chaque année est ma favorite et la plus jouissive, celle de la Meilleur Actrice, m’a beaucoup déçu en 2009-2010. J’avoue ne pas avoir trouvé la compétition dans cette catégorie très passionnante, la qualité n’ayant pas été aussi élevée qu’elle l’est d’habitude… La preuve, c’est que j’ai eu du mal à choisir ma « favorite » cette année, même si je ne les pas toutes détestées! C’est juste qu’aucune ne m’a vraiment originalement et totalement emballé. Même Meryl Streep, qui reste sans conteste ma déesse, et qui est superbe dans Julie & Julia, ne mérite pas forcément la statuette, car elle a eu de bien meilleurs rôles que celui-là (c.f. Doubt l’année dernière). C’est dire! Donc par défaut, je me range de son côté, rien que pour contrer Sandra Bullock.
Oui parce que oui, la grosse surprise et la grosse ERREUR de cette année, c’est le statut de favorite de cette Sandra Bullock. Et mon dieu qu’on ne l’a pas vu venir… Pour tout vous dire, tout au long de la saison – et je dis bien tout au long, puisque An Education est sorti en octobre-novembre - Carey Mulligan était l’ultra-favorite de ce côté, mais clairement (candidate parfaite: jeune, nouvelle tête, rôle parfait)! Et Sandra Bullock n’apparaissait absolument pas à l’horizon. Et puis la compétition s’est légèrement resserrée avec Meryl Streep qui amassait beaucoup de soutien, comme toujours vous me direz, mais surtout parce qu’elle accumulait deux rôles à succès et loués cette années, dans Julie & Julia et It’s Complicated.
Mais voilà, tard dans la compétition, c’est-à-dire en janvier, Sandra Bullock est arrivée en galopant sur son cheval noir. Tout a commencé avec sa nomination surprise au Golden Globes, et ce fut vraiment une surprise (double même, puisqu’elle était également nominée pour la comédie The Proposal). Et puis elle a gagné ce trophée. Et puis tout s’est enchaîné. Quasiment du jour au lendemain, elle s’est créé une place en tête de la compétition, soutenue par la plupart des critiques, par le public évidemment aussi, et par ses confrères acteurs avec le précieux SAG Award, puisque madame a l’avantage (et je dirais que c’est son point fort) d’être une « actor’s actor », appréciée dans le monde des acteurs. A mon avis, c’est pour ça qu’elle remporte autant de succès pour ce rôle: elle a toujours été appréciée, même si ce n’est pas pour son talent (parce que excusez-moi, mais n’allez pas me dire que Miss Détective a du talent), mais n’a jamais été récompensée… MAIS UN OSCAR?!?! N’importe quoi !! Donc ma rage s’est à juste titre déchaînée contre cette injustice et ce grotesque. Et Bullock a conforté son statut de favorite lorsque son film, The Blind Side, s’est vu, à la surprise de tous, nominé dans la catégorie… Meilleur Film. Ou comment pousser l’aberration jusqu’au bout. Donc voilà, si tout vas « bien », Sandra Bullock devrait recevoir l’Oscar de la Meilleure Actrice dans quelques heures, à moins que le duel (qui a toujours lieu) avec Meryl Streep tourne en sa défaveur au dernier moment; au moment de sa victoire, le ciel sera en train de déverser des trompes d’eau, et moi je cherche encore quel châtiment je vais m’infliger…
Du côté des autres « grandes » catégories, il n’y a strictement aucun doute. Jeff Bridges va enfin remporter la statuette de Meilleur Acteur qu’il semblait mériter après sa carrière de plus de 40 ans, même si à mon goût ça n’est pas du tout la meilleure performance de l’année; il a fait la course en tête tout au long de la saison, donc il n’y a pas de doute. Pareil pour Mo’Nique, qui remportera sa statuette tant méritée! Je dirais même qu’elle et Christoph Waltz, du côté des meilleurs acteurs de second-rôle, ont délivré les meilleures performances de l’année, toutes catégories confondues… Et donc aucun suspens de ce côté-là.
Aucun suspens non plus du côté des réalisateurs, catégorie dans laquelle Kathryn Bigelow devrait l’emporter au bout d’un duel qui l’opposait à son ex-mari James Cameron pour Avatar. Elle marquera ainsi l’histoire en devenant la première femme à remporter cette statuette! Up In The Air et The Hurt Locker devraient également être sacrés respectivement Meilleur Scénario Adapté et Original, à moins qu’Inglourious Basterds ne vienne troubler les démineurs…
Ce sont deux films qui devraient donc sortir grands vainqueurs de la cérémonie, avec un avantage conséquent pour The Hurt Locker, puisqu’Avatar devrait normalement récolter des statuettes avant tout techniques. Je crois que le changement si contesté (avec raison) concernant la catégorie Meilleur Film, qui est passée historiquement de 5 à 10 nominés, n’a au final pas changé grand chose. Il s’agissait simplement d’attirer plus d’attention en nominant des films plus grand public; mais si tel n’avait pas été le cas, 5 films auraient tout de même émergé, à savoir Precious, The Hurt Locker, Avatar, Up In The Air, et An Education. Les films ayant dominé tout du long.

Une saison vraiment passionnante a suivre, c’est clair! Même si on peut dire qu’il y a eu des années où j’ai été plus passionné par bon nombre de films ou de performances qui me tenaient à coeur… Mais c’est ce que j’aime, ce qui me fait bouger, m’intéresser à tout ça! Voir le jeu se préciser, écouter tous les sons de cloches, finaliser les choses… Tout est donc plutôt prêt, même s’il faut toujours le garder en tête: les Oscars nous réservent toujours des surprises. Toujours…
P.S.: prédictions + palmarès idéal dans quelques heures ici même…